Les relations entre l’Union européenne et la Chine naviguent en 2026 dans des eaux particulièrement troubles, oscillant entre interdépendance économique et méfiance stratégique croissante.
D’un côté, les exportations agro-alimentaires européennes vers la Chine ont atteint un record de 238,4 milliards d’euros en 2025. De l’autre, les constructeurs automobiles européens — et en particulier les Allemands — sont confrontés à une concurrence frontale des marques chinoises comme BYD sur leur propre continent, tandis que leur accès au marché chinois se réduit sous l’effet de pratiques protectionnistes. Cette situation paradoxale résume bien la complexité des relations sino-européennes : partenaires commerciaux de premier rang, mais rivaux géopolitiques en devenir.
L’Allemagne occupe une place centrale dans ce dilemme. Traditionnellement le pays européen le plus enclin à défendre une politique de dialogue avec Pékin, Berlin a dû revoir sa stratégie sous la pression conjuguée de la montée des parts de marché chinoises dans le secteur automobile, de la guerre commerciale imposée par Washington, et d’une opinion publique de plus en plus sensible aux questions de souveraineté économique.
Le chancelier Friedrich Merz prépare un plan d’action China qui entend conjuguer engagement économique et réduction des dépendances stratégiques, notamment en matière de terres rares et de composants électroniques — domaines où la Chine détient une position quasi monopolistique.
À Bruxelles, le débat sur la politique commerciale chinoise s’est intensifié après que la Commission a imposé des droits de douane compensatoires sur les véhicules électriques chinois en 2024.
Cette décision, soutenue par la France mais critiquée par l’Allemagne et plusieurs pays d’Europe centrale, illustre la difficulté d’une réponse commune dans une Union à vingt-sept membres aux intérêts divergents. La Chine a répondu par des enquêtes anti-dumping sur les vins et spiritueux européens, et plusieurs capitales redoutent une escalade commerciale qui nuirait aux exportateurs européens. La question est désormais de savoir si l’UE est capable de construire une politique chinoise cohérente — ou si elle continuera d’osciller entre ambition stratégique et pragmatisme économique.