Un rapport d’experts publié cette semaine remet en lumière le danger persistant que représente le commerce des espèces sauvages, légal et illégal, pour la santé mondiale. Des chercheurs en épidémiologie et en écologie alertent sur le risque de « spillover », c’est-à-dire le passage de pathogènes de l’animal vers l’être humain, dans les marchés où des espèces comme les pangolins, les chauves-souris ou divers primates sont vendues vivantes ou abattues sur place. Le souvenir de la pandémie de COVID-19, vraisemblablement liée à un événement de ce type, reste vivace, et les scientifiques estiment que les conditions qui ont rendu cette catastrophe possible n’ont pas fondamentalement changé.

Le commerce mondial des espèces sauvages représente un marché estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an, dont une part significative est illégale. Malgré les efforts de la Convention sur le commerce international des espèces sauvages menacées d’extinction (CITES), les réseaux de trafic restent actifs et sophistiqués, profitant de la corruption, des zones grises réglementaires et de la demande soutenue en Asie pour certaines espèces utilisées en médecine traditionnelle ou comme animaux de compagnie exotiques. Les experts réclament un renforcement urgent de la coopération internationale et des capacités de surveillance épidémiologique aux interfaces hommes-animaux.
La question prend une résonance particulière dans le contexte post-COVID, où les gouvernements ont promis de construire des systèmes de santé plus résilients et de renforcer la prévention. Pourtant, les financements alloués à ces objectifs restent insuffisants par rapport à l’ampleur du risque identifié. L’Organisation mondiale de la santé continue de plaider pour une approche « One Health » — une santé —, qui reconnaît l’interdépendance entre la santé humaine, animale et environnementale. Mais la mise en œuvre de cette vision holistique se heurte à des obstacles politiques, économiques et culturels que les seules recommandations scientifiques ne peuvent surmonter.