Afrika Bambaataa, largement reconnu comme l’un des pères fondateurs du hip-hop mondial, est décédé jeudi 9 avril en Pennsylvanie des suites d’un cancer de la prostate, selon l’annonce faite par son avocat. Né Kevin Donovan à New York en 1957, il a transformé la culture des gangs du South Bronx en un mouvement artistique universel à travers la création en 1973 de la Universal Zulu Nation. Son morceau « Planet Rock » (1982), fusion pionnière de hip-hop et de musique électronique, a influencé des générations entières d’artistes et continué d’irriguer la production musicale mondiale pendant plus de quatre décennies. Sa disparition marque la fin d’une ère fondatrice pour une culture qui, née dans la misère urbaine new-yorkaise, est devenue le genre musical dominant à l’échelle planétaire.

Bambaataa laisse derrière lui un héritage musical indéniable, mais aussi une trajectoire personnelle profondément marquée par des accusations graves et jamais résolues. Dans les années 2010, plusieurs hommes ont affirmé avoir été victimes d’abus sexuels de sa part lors de leur adolescence, des allégations qui avaient conduit la Universal Zulu Nation à le suspendre de ses fonctions en 2016. Il avait constamment nié ces accusations, et aucune procédure pénale n’avait abouti à une condamnation. Cette ambivalence tragique place son hommage dans une zone de tension que la communauté hip-hop devra traverser collectivement, entre la reconnaissance d’un génie créatif indiscutable et la confrontation avec une réalité humaine douloureuse.
La disparition de Bambaataa intervient dans un moment de relecture critique de l’histoire du hip-hop, à l’occasion de la célébration des 50 ans du genre. Des artistes, historiens et commentateurs du monde entier rendent hommage à l’homme qui a conceptualisé les quatre piliers de la culture hip-hop — le DJing, le rap, le break-dance et le graffiti —, tout en reconnaissant la complexité de son héritage. Des figures de renom comme Grandmaster Flash et DJ Kool Herc ont exprimé leurs condoléances, soulignant l’immensité du vide laissé par sa disparition dans l’histoire de la musique populaire mondiale.